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"Le monde est un immense Narcisse en train de se penser. Où se penserait-il mieux que dans ses images" Gaston Bachelard

S-ici est une installation plasticienne autour du thème de l'identité, notamment collective, et sa mise en jeu dans un espace interactif. Une image/processus poétique est élaboré par l'ensemble du public. Parmi celui-ci, un personnage inquiétant contribue à amplifier ses actions/réactions, ce n'est pas lui qui fait le spectacle, il le catalyse simplement.

Au départ sont créées les conditions minimales d'une représentation classique, s'appuyant sur la convention du théâtre et du cinéma : Lumières, placement public, un écran. Tout laisse à penser qu'on va assister à un spectacle ou à la projection d'un film. Les lumières s'éteignent, cependant il y a un peu de lumière résiduelle et on devine que le projecteur vidéo est allumé. Un personnage habillé un peu bizarrement est présent dans le public. Il change de place plusieurs fois.

Abuser alors de la patience du public jusqu'à ce qu'il réagisse. Créer alors une image en temps réel qui apparaisse sur l'écran et qui soit fonction de ses réactions. Faire en sorte que cette image ne soit pas lue tout de suite. On la devine d'abord, elle est instable, pâle, voire floue, intermittente puis au bout d'un certain temps, le spectateur réalise que c'est sa propre image qu'il voit, puis par la suite que cette image est sensible à son action, qu'il y a la possibilité d'une interaction. S'il ne bouge pas, il disparait : l'image miroir n'est révélée que lorsque le logiciel analysant le flux vidéo provenant de la caméra, détecte des zones en mouvement; seules ces zones sont retransmises au projecteur vidéo. Lorsque le mouvement n'est plus détecté, l'image s'estompe progressivement. Au cours de cette phase, le personnage bizarre s'agite et change de place.

Dans un deuxième temps, c'est comme si le public habitait un autre lieu comme si c'était des fantômes : un parc la nuit, une ville lointaine, une image abstraite, un mur, un tableau. Les mouvements du public modifient cette image (couleurs, déformations) faisant sentir aux spectateurs qu'ils ont été transportés dans un univers surréel et poétique. Leur présence est encore révélée au sein de l'image projetée, parce que celle-ci est altérée là où un mouvement est détecté. Par exemple on essayera la vidéo d'un champ en friche sous l'action du vent mais où les ondulations des herbes ne seraient perçues que là où le dispositif détecte un mouvement de spectateurs. Cela pourra être aussi une figure mathématique reliant les spectateurs.

Faire en sorte que l'image soit toujours fugace, éphémère, insaisissable.

Le personnage inquiétant, incarné par un comédien-danseur ou danseuse, commence aussi à se jouer de ces images et à poursuivre leur transformation. Il devient facétieux et semble partagé entre le public et son action sur l'écran, chacun pourtant perd le contrôle du spectacle. A la fin l'image qui est projetée ne dérive plus d'une image préexistante, mais est totalement générée par l'action des participants. L'improvisation qui en résulte, n'est a priori pas limitée dans le temps. Le personnage inquiétant disparaît pourtant au bout d'un certain temps (peut-être 15 minutes). Puis à un moment choisi selon la situation, on entend le bruit d'une ampoule qui claque et l'image s'arrête. Le public croit que le dispositif est tombé en panne.

Date de publication : 01/04/2007
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