Le cas de Sophie K de Jean-François Peyret
[Interview de Jean-François Peyret, septembre 2005 - vidéo au format real]
Synopsis
Le metteur en scène présente, en juillet 2005 au Festival d'Avignon et en avril 2006 au Théâtre National de Chaillot, sa nouvelle création « Le Cas de Sophie K », une pièce portant sur la mathématicienne Sofia Kovalevskaïa et un salon vidéo de théâtre-réalité proposé par Agnès de Cayeux. « Le cas de Sophie K » naîtra de la collaboration d'un metteur en scène et d'un scientifique spécialiste en intelligence Artificielle. Par le biais du frottement avec d'autres arts, voire d'autres technologies que les techniques proprement théâtrales, le théâtre de Jean-François Peyret explore en effet depuis près de dix ans les zones frontalières qu'il contribue à créer, entre science et théâtre d'abord, mais aussi entre ce qui serait résolument du côté du théâtre tel qu'on se le représente et ce qui semblerait y échapper.
Un projet de théâtre
Le Cas de Sophie K., spectacle de Jean-François Peyret et de Luc Steels, naîtra donc de la collaboration d'un metteur en scène et d'un scientifique spécialiste en Intelligence Artificielle. Par le biais du frottement avec d'autres arts, voire d'autres technologies que les techniques proprement théâtrales, le théâtre de Jean-François Peyret explore en effet depuis près de dix ans les zones frontalières qu'il contribue à créer, entre science et théâtre d'abord, mais aussi entre ce qui serait résolument du côté du théâtre tel qu'on se le représente et ce qui semblerait y échapper. Il aménage donc des rencontres où les contours de “l'imagination créatrice” sont appelés à se redéfinir sur le plateau. Rencontres entre artistes et scientifiques certes, mais aussi (et surtout?) rencontre avec des comédiens, qui nous somment de donner corps et mouvement à de telles rêveries. Ici trois comédiennes, Olga Kokorina, Elina Löwenshon et Nathalie Richard, seront donc confrontées à Sophia Kovalevskaïa; mathématicienne russe de la fin du XIXème siècle, première femme à obtenir une chaire de mathématiques à l'Université; romancière aussi. Et peut-être plus particulièrement à son cerveau : imagination mathématique, imagination poétique. “Je comprends votre surprise de me voir travailler aussi bien en littérature qu'en mathématiques. Bien des gens qui n'ont jamais eu l'occasion d'en savoir plus sur les mathématiques les réduisent à l'arithmétique et les considèrent comme une science sèche et aride. C'est pourtant la science qui demande le plus d'imagination”, écrivait-elle à une correspondante peu de temps avant sa mort. Comment des comédiennes réagissent-elles à la proposition Sophie K. ? Que vont-elles chercher en elles-mêmes pour jouer ? Loin de l'identification, peut-on incarner la pensée, mouvante ? Comment cela traverse-t-il les corps, son corps, trois corps, n corps…? Un quatrième comédien, l'homme oublié, Graham Valentine, sera déguisé en femme déguisée en homme - par exemple pour avoir accès aux scènes du music-hall de l'époque. Il sera le témoin de la “transformation K” subie par les comédiennes “kovalevskaïamment modifiées”. Un contre-point. Comme extérieur à cette prise en charge de Sophia Kovalevskaïa par le théâtre - sa scène et ses actrices - il se fera le rhapsode du spectacle. Une autre façon de se retrouver confronté à l'activité cérébrale, activité créatrice, politique aussi, et féministe de SK. Il s'agirait donc de dresser sur la scène le portrait éclaté et changeant d'une femme, cerveau compris !, et de son monde. Univers nihiliste russe - passe Dostoïevski et ses Démons -, qui demande en mariage la soeur aînée de Sophia mais cette dernière quitte Saint Pétersbourg pour Paris, s'engage dans la Commune et épouse Jaclard pour fonder La Sociale. Univers mathématique aussi : du développement de l'ananlyse moderne avec Weierstrass à l'intuition par Poincaré de la théorie du chaos. Quelles conditions créer les pour qu'un théâtre s'y retrouve, se retrouve dans cette pensée-là ? Un théâtre peut-il être familier de ces questions scientifiques? Il nous faudra trouver des tours de théâtre - comme on dit des tours de pensée - pour approcher, même par métaphore, cette dramaturgie de la pensée.
Scénographie
La scénographie est à considérer d'un point de vue qui n'est pas celui du théâtre ou de la scène traditionnelle, ni celui d'une installation contemporaine installée au cœur d'un monument historique - juxtaposition devenue habituelle au fil des ans. Nous tenterons de parvenir à une synthèse des deux, c'est-à-dire éviter autant que possible d'une part l'indifférence manifeste que suscite une scène traditionnelle au-delà de l'arche du proscenium, et d'autre part le manque d'attention de l'installation artistique pour les textes théâtraux, le jeu des acteurs et la mise en scène. Aussi secondaires que ces distinctions scénographiques puissent paraître, elles font partie du théâtre de Jean-François Peyret, qui cherche à re-combiner des disciplines théâtrales et artistiques d'une façon souvent inattendue, mais toujours vers l'appréciation et la compréhension de textes dont le contenu n'est jamais limité aux frontières littéraires, théâtrales, ou autres.
Un dispositif vidéo
Un dispositif vidéo permettrait en outre de démultiplier les scènes et de jouer sur le trouble que peut engendrer la captation en temps réel : où sont les actrices que l'on voit projetées sur le plateau ; et quand ? Sont-elles vraiment éloignées, ou sont-elles susceptibles d'entrer sur scène à tout moment, alors même qu'elles semblent si loin de notre théâtre? Ou comment se trouver dans deux, n, lieux à la fois ? Délocalisation. Et si Stockholm n'autorise pas les mêmes choses que Saint Pétersbourg, une cellule off stage projetée sur le plateau pourrait-elle permettre à une comédienne, sur scène in abtentia, d'établir un autre rapport aux matériaux convoqués, aux spectateurs rassemblés (ou dispersés si l'on s'adresse au public à constituer sur le web - voir infra)? Et le champ des possibles s'ouvre encore si l'on choisit d'explorer l'écart qui s'ouvre entre l'objectivité de la caméra de surveillance, (plan fixe et témoin, auquel on ne saurait échapper, vecteur de la continuité d'un lieu donné, assigné, et de la flèche du temps qui se déroule), et l'intimité dévoilée, la mise en scène de soi, qu'exhibe la webcam qui accompagne l'actrice. Autant d'occasions d'explorer et de démultiplier les rapports à SK que construisent les comédiennes et le spectacle, fractal.
La musique
La musique de ce projet s'articule autour de la dualité entre musique instrumentale et musique synthétique. L'idée serait de construire deux musiques dissemblables et opposées qui s'écoutent simultanément, qui gardent leur propre logique de comportement dans le temps et dans l'espace, qui proposent une lecture différente de ce qui se passe sur scène. Le son du piano, l'évocation de l'écriture romantique et post-romantique du 19e siècle d'une part, l'univers de synthèse sonore numérique et les différentes textures sonores issues des labos informatiques formeront les deux matières qui évolueront de manière indépendante. Leur parcours sera organisé par un programme de codes d'interaction : actions-réactions, impacts-déclenchements, jeux de résonances, rencontres et oppositions rythmiques. Tout une gamme de gestes musicaux complémentaires ou antagonistes sera ainsi déclinée jusqu'à une fusion sonore de l'ensemble.
Le site, une proposition réseau de Agnès de Cayeux
La plasticienne du réseau interroge le plateau de théâtre comme un objet de réalité et présente une série de vues vidéo et audio, un flux continu autour de ceux qui s'intéressent à Sofia Kovalevskaïa. La création web questionne l'internaute, cet autre spectateur, sur le regard porté à l'écran de l'ordinateur connecté. Agnès de Cayeux propose un dispositif en deux temps. Tout d'abord une scène live qui se déroule sur le web du premier jour des répétitions du spectacle de théâtre au dernier jour des représentations du « Cas de Sophie K ». Puis « Sophie Webcamée » comme une scène qui se rejoue sur le web en hors temps du spectacle de théâtre.
Equipe
Jean-François Peyret est metteur en scène, auteur, traducteur et universitaire (Sorbonne Nouvelle, Paris III). De 1984 à 1994, il dirige le Sapajou Théâtre avec Jean Jourdheuil. Ensemble, ils confectionnent une quinzaine de spectacles depuis Le rocher la lande la librairie, d'après Montaigne jusqu'à Shakespeare Les sonnets. En 1994, avec Sophie Loucachevsky, il réalise et anime le Théâtre-Feuilleton au Théâtre de l'Odéon : écriture et mise en scène d'une série de spectacle. En 1995, il fonde une nouvelle compagnie, tf2, Compagnie Jean-François Peyret et se lance dans le cycle du Traité des passions à la MC93- Bobigny (octobre 1995 - printemps 2000) qui s'achève par l'épilogue sur la poésie d'Auden au Théâtre de la Bastille Luc Steels a étudié la linguistique à Anvers et l'informatique aux États-Unis. En 1983, il devient professeur en informatique à l'université de Bruxelles et directeur du laboratoire de recherches sur l'Intelligence Artificielle. En 1996, il fonde le laboratoire de recherches en informatique de Sony à Paris. Luc Steels donne des conférences dans de nombreuses universités dans le monde entier, a produit une série télévisuelle de vulgarisation scientifique et publié bon nombre de livres. Il intervient sur de nombreux sujets - linguistique, biologie, informatique, Intelligence Artificielle - et a souvent collaboré avec des artistes de théâtre et d'arts plastiques (Capc musée de Bordeaux, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Biennale de Venise, 2003). Alexandros Markeas, compositeur, est né en 1965 à Athènes, il étudie le piano et l'écriture au Conservatoire National de Grèce. Il poursuit ses études et obtient les premiers prix de piano et de musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Paris. Il donne de nombreux concerts en soliste et en formation de chambre. Parallèlement, il se consacre à la composition et continue ses études. Cherchant à enrichir son travail au contact de différents domaines d'expression (texte, théâtre, arts plastiques), il s'intéresse au théâtre musical, à la musique pour l'image, ainsi qu'à la composition pédagogique. Nicky Rieti, scénographe, est né aux Etats-Unis en 1947. Il a étudié l'histoire de l'art et l'architecture à l'Université de Yale. Il vit et travaille en France depuis 1972 comme scénographe pour le théâtre et l'opéra. Il a travaillé pour les principaux établissements parisiens et nationaux. Agnès de Cayeux, web dramaturge, a dédié une partie de ses recherches sur la façon dont les gens utilisent le réseau web. Elle s'est interrogée sur la place du corps dans un environnement réseau et la production numérique. Ses projets tentent de montrer comment les utilisateurs se perçoivent à travers l'interface web, comment ils utilisent leur clavier et leur souris. Elle a également développé de nouveaux outils de communication, confrontant espaces réels et espaces virtuels. http://www.theatrefeuilleton2.net/index.htm Nicolas Bigards, collaborateur artistique, né en 1971, a suivi une formation de comédien au Conservatoire du Xème arrondissement (Paris) et une licence d'Études Théâtrales à la Sorbonne-Nouvelle. Il met en scène et co-réalise des pièces avec Jean-François Peyret depuis plusieurs années.
Partenaires
Production TF2 Compagnie Jean-François Peyret, avec le Festival d'Avignon, Centre nationale des Ecritures du Spectacle La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon et le Théâtre National de Chaillot, Direction Générale de la Recherche de la Commission Européenne, de la Région Ile de France, L'ADAMI, Jeune Théâtre National, L'ENST et de l'Université de VUB AI Lab, [ars]numerica
Date de publication : 01/04/2005- Compagnie TF2 [web]





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